Text Antremonde édition for the rpg game Parias:
+++ 03:24 - 06/07/2038 +++
+++ Imran Mohas / Chevaleresse Palomydès +++
Madame, ici Imran, nous avons reçu un message d'un ancien feu-follet situé en Slovénie via l'ancien réseau internet. Devrions nous Intervenir ? Je vous transmet le mail. Dans l'attente de vos ordres.
+++ Rapport de l'ancien feu-follet, chef esclave de la communauté de Ljubljana +++
Knight, si cette missive atteint vos rangs, sachez que je n'écris pas pour moi, mais pour ceux qui n'ont plus de voix, ceux qui, chaque nuit, sont brisés, déchirés, effacés. Je suis Eryk, votre ancien feu-follet de Ljubljana, et ce que je vais vous décrire est une réalité que les mots ne suffisent pas à rendre. Pourtant, je vais essayer. Peut-être que dans l’horreur brute de ces lignes, vous trouverez la force de venir nous secourir.
Ici, l’Anathème n’a pas apporté un chaos aveugle, non. C’est bien pire. À Ljubljana, en Hongrie, en Roumanie, et dans toutes les terres sous l’emprise de la Dynastie Charognarde, l’horreur a pris une forme ordonnée. Une civilisation du mal, où l’humanité est un troupeau à écorcher, éviscérer puis abattre. À la tête de cette monstruosité règne le triumvirat Basarab : le Voïvode Manfred, qu’on appelle "le Corbeau" pour sa froideur calculatrice, Anya, surnommée "la Corneille" pour sa cruauté, et Vlad, "le Vautour," un garçon de quinze ans plus monstrueux encore que ses aînés.
Ces trois-là ne sont pas simplement des humains possédés par les ténèbres. Ils sont des abominations de l'Anathème. Ils partagent un esprit unique, celui du Charognard, une conscience perfide qui voit tout, contrôle tout. Leur puissance dépasse ce que vous pouvez imaginer : ils se glissent dans l'obscurité, se transforment en bêtes ou en brume, se régénèrent des blessures les plus atroces. Mais leur véritable pouvoir, c’est leur faim. Elle est infinie, insatiable, et nous en sommes les victimes.
Chaque nuit, ils envoient leurs émissaires – courtisans maudits, animaux corrompus et parfois limiers d’ombres – frapper à la porte d’un refuge choisi sans doute au hasard. Nous connaissons tous le rituel. À leur arrivée, un ultimatum : trois vies. Trois corps, choisis parmi les nôtres, tués de nos propres mains, et déposés à l’extérieur avant minuit. Ce sont des enfants parfois, des vieillards, des mères. Ils ne font pas de distinctions. Si nous obéissons, les corps disparaissent, emportés au château de Diósgyőr, leur tanière en Hongrie, pour alimenter un banquet de chair et de sang.
Si nous résistons, la vraie horreur commence. Ils entrent. Les portes volent en éclats. Les courtisans dévorent vivants ceux qui ne s’enfuient pas assez vite. Les créatures s’acharnent sur les corps, brisant les os, arrachant les chairs. Ceux qu’ils ne mangent pas, ils les pendent pour que leurs cadavres servent d’avertissement. Et toujours, ils laissent un survivant, juste un, chargé de transmettre leur message : "Personne ne résiste à la Dynastie."
Je l’ai vu ce spectacle atroce et absurde. Plus d’une fois. Je me tiens là, les mains liées, incapable d’intervenir, tandis qu’ils traînent des enfants qui pleurent, des hommes hurlant de douleur, et que leurs rires emplissent la nuit. Et quand ils repartent, ils laissent derrière eux le silence – un silence fait de peur, de honte, d’impuissance.
Mais cela ne leur suffit pas. Ils veulent plus. Ils transforment certains d’entre nous en leurs propres monstres. Quand ils prennent un jeune, ils le mutilent lors d’un de leurs banquets. Ils mangent un œil, une langue, une main. Cela scelle leur corruption. Le jeune devient un courtisan, un outil de terreur. Il reçoit une fraction du pouvoir des Basarab, juste assez pour écraser ceux qui restent. Ces courtisans nous surveillent, nous commandent, nous forcent à bâtir des statues à la gloire du Charognard, des armes étranges pour nous asservir nous même, des forteresses pour leurs maîtres. Nous travaillons jusqu’à la mort, et lorsque nous ne sommes plus utiles, nous devenons de la nourriture. Les champs que nous cultivons, avec nos dernières forces, ne nourrissent que leurs créatures. Ils nous laissent à peine de quoi survivre. Volontairement.
Ce n’est pas une vie. Ce n’est pas une mort. C’est un abattoir à ciel ouvert où personne n'est ni vivant, ni décédé. Chaque fois que j’entends un enfant rire – si rare, si précieux – je sais qu’il ne rira peut-être plus demain. Chaque nuit, je compte les heures jusqu’à l’aube, sachant que nous n’avons aucune protection réelle contre eux. Et pendant ce temps, Bucarest, l’Arche des immortels, reste silencieuse, impassible.
Chevaliers, je prends de terribles risques, je vous écris ces mots en sachant que mes jours sont comptés. Mais si vous pouvez lire cet appel à l'aide, si vous pouvez encore vous souvenir de ce que signifie être humain, alors je vous supplie : venez. Pas pour moi. Mais pour ceux qui croient encore, malgré tout, que la lumière peut percer cette nuit sans fin.
Eryk,